Par Nadia Chevalier · Publié le 15 septembre 2026
La prescription des charges de copropriété impayées est fixée à 5 ans à compter de l’exigibilité de chaque appel de fonds. Passé ce délai sans démarche interruptive : mise en demeure, reconnaissance de dette ou action en justice -, le syndicat des copropriétaires perd définitivement le droit de réclamer les sommes dues. Ce délai quinquennal est issu de la loi ELAN de 2018, qui a harmonisé les règles applicables à la copropriété avec le droit commun des obligations.
Pour un immeuble en copropriété, les charges impayées ne sont jamais un détail : elles fragilisent la trésorerie collective, retardent les travaux et font peser un risque financier sur l’ensemble des coproprietaires de bonne foi. Comprendre la procédure de recouvrement, ses délais et ses étapes permet au syndic comme aux copropriétaires de défendre efficacement les intérêts du syndicat.
Quel délai de prescription s’applique aux charges de copropriété ?
Avant la loi ELAN, deux délais coexistaient selon la nature des charges et la date à laquelle elles étaient devenues exigibles, ce qui créait une réelle complexité. Depuis le 1er janvier 2019, un seul délai de 5 ans s’applique à toutes les charges de copropriété, qu’il s’agisse des charges courantes, des provisions sur travaux ou des appels de fonds exceptionnels.
Ce délai court à partir du jour où chaque appel de charges est devenu exigible, c’est-à-dire la date à laquelle le copropriétaire aurait dû payer. Si l’assemblée générale vote des charges trimestrielles, le délai commence à courir dès le lendemain de chaque échéance non honorée. Sur le terrain, je vois souvent des syndics qui tardent à agir en croyant disposer d’un délai confortable : c’est une erreur, car cinq ans passent vite quand les relances s’accumulent sans aboutir.
La prescription est dite « extinctive » : elle éteint la créance elle-même, pas seulement le droit d’agir en justice. Un copropriétaire qui l’invoque valablement n’est plus tenu de payer, même si la dette était réelle. Pour interrompre ce délai, il suffit d’un acte juridique précis : une mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception, une reconnaissance de dette signée par le débiteur, ou le dépôt d’une requête en injonction de payer auprès du tribunal.
À noter : la suspension de la prescription est également possible dans certaines circonstances, notamment lors d’une procédure de conciliation ou de médiation. Pendant la durée de cette procédure, le délai de cinq ans est gelé, puis reprend là où il s’était arrêté. Pour en savoir plus sur les obligations légales du syndic dans ce domaine, la fiche officielle sur le syndic de copropriété fait référence.
Comment engager le recouvrement des charges impayées ?
La procédure de recouvrement suit une logique progressive, du plus amiable au plus contraignant. Chaque étape conditionne la suivante : un tribunal n’accueillera une demande de condamnation que si les démarches préalables ont bien été menées. L’erreur que je rencontre le plus souvent, c’est de sauter l’étape amiable pour aller directement au contentieux, ce qui peut fragiliser la position du syndicat et allonger inutilement la procédure.
La relance amiable : première étape indispensable
Dès qu’un appel de charges reste impayé à son échéance, le syndic doit envoyer une relance simple au copropriétaire défaillant. Cette relance peut être un simple courrier ou un courriel rappelant le montant dû, la date d’exigibilité et les coordonnées pour régulariser. Elle n’a pas de valeur juridique particulière mais témoigne de la bonne foi du syndicat et ouvre souvent la porte à un accord amiable.
Si le copropriétaire est de mauvaise volonté ou traverse une difficulté temporaire, un échéancier de paiement peut être proposé à ce stade. Cette solution évite des frais de procédure et préserve les relations au sein de la copropriété. Elle doit cependant faire l’objet d’un accord écrit signé des deux parties, qui vaudra également interruption de la prescription.
Astuce pratique
Dès la première relance, notez la date d’exigibilité de chaque charge impayée dans un tableau de suivi : c’est ce document qui vous permettra de vérifier, à tout moment, que vous agissez bien avant l’expiration du délai de 5 ans.
La mise en demeure : le tournant de la procédure
En l’absence de réponse ou de paiement après la relance amiable, le syndic adresse une mise en demeure officielle par lettre recommandée avec accusé de réception. Ce courrier formel précise le montant exact des charges dues, la période concernée, le délai accordé pour payer (généralement 8 à 15 jours) et les conséquences d’un défaut de paiement. C’est cet envoi qui interrompt le délai de prescription et fait repartir un nouveau délai de cinq ans.
La mise en demeure est également le document que le syndic devra produire devant le juge pour démontrer que le syndicat a bien tenté un règlement amiable avant d’aller en justice. Sans elle, la procédure judiciaire risque d’être ralentie. Le contenu de la lettre doit être précis : un montant global sans détail n’est pas suffisant si le copropriétaire conteste certaines charges.
Pour les copropriétés qui souhaitent aussi réduire leurs charges de copropriété à la source, il existe plusieurs leviers concrets qui limitent mécaniquement le risque d’impayés en allégeant la pression financière sur chaque lot.
Quels recours judiciaires en cas d’échec des démarches amiables ?
Lorsque la mise en demeure reste sans effet, le syndic peut engager une procédure judiciaire. Deux voies principales s’offrent au syndicat des copropriétaires, selon le montant en jeu et l’urgence de la situation.
La première voie est la procédure d’injonction de payer, prévue à l’article 1405 du Code de procédure civile. Le syndic dépose une requête auprès du tribunal judiciaire compétent, sans audience contradictoire dans un premier temps. Si le juge considère la demande fondée, il rend une ordonnance portant injonction de payer, qui est ensuite signifiée par huissier au copropriétaire défaillant. Ce dernier dispose alors d’un mois pour former opposition. C’est la procédure la plus rapide et la moins coûteuse pour des créances non contestées.
La seconde voie est l’assignation en référé ou au fond, privilégiée lorsque la créance est contestée ou que le montant en jeu justifie une procédure plus approfondie. L’assignation permet d’obtenir une condamnation assortie de l’exécution provisoire, c’est-à-dire que le copropriétaire peut être contraint de payer même s’il fait appel du jugement.
- Injonction de payer : procédure rapide, sans audience initiale, adaptée aux créances non contestées
- Assignation en référé : pour les situations urgentes ou les montants importants
- Assignation au fond : pour les dossiers complexes ou fortement contestés
Je constate régulièrement que les syndics hésitent à saisir le juge par crainte du coût. Or, les frais de procédure sont mis à la charge du copropriétaire condamné dans la très grande majorité des cas, et l’inaction finit par coûter bien plus cher à la copropriété. Pour bien comprendre l’ensemble des mécanismes liés aux charges de copropriété, il est utile de maîtriser leur fonctionnement général avant d’engager toute démarche.

Comment saisir les biens du copropriétaire défaillant ?
Une fois le jugement de condamnation obtenu et définitif, le syndicat dispose d’un titre exécutoire qui lui permet de faire procéder à des mesures d’exécution forcée par un commissaire de justice (anciennement huissier). Ces mesures visent à récupérer concrètement les sommes dues.
Plusieurs types de saisie sont envisageables selon la situation patrimoniale du débiteur :
- La saisie des comptes bancaires (saisie-attribution) : c’est la plus rapide, le commissaire de justice bloque directement les fonds disponibles sur les comptes du débiteur auprès de sa banque.
- La saisie des loyers : si le copropriétaire défaillant est propriétaire-bailleur, les loyers perçus de son locataire peuvent être saisis directement à la source.
- La saisie immobilière : elle reste la procédure la plus lourde et la plus longue, mais elle est possible sur le lot lui-même en copropriété. Elle aboutit à la vente forcée du bien aux enchères judiciaires pour apurer la dette.
La loi du 10 juillet 1965 sur la copropriété accorde au syndicat un privilège immobilier spécial sur le lot du copropriétaire débiteur pour les charges de l’exercice en cours et des deux derniers exercices. Ce privilège prend rang avant la plupart des autres créanciers, ce qui renforce considérablement la position du syndicat dans une procédure de saisie immobilière ou en cas de liquidation judiciaire du copropriétaire.
Notons que si le lot est loué, le locataire n’est pas responsable des charges de copropriété dues par son propriétaire : la dette reste celle du copropriétaire, même si certaines charges sont récupérables sur le locataire au titre des charges locatives récupérables. Pour approfondir ce point spécifique, la question de ce que le locataire doit vraiment payer mérite d’être bien comprise.
Le rôle du syndic dans le recouvrement des charges impayées
Le syndic est le mandataire du syndicat des copropriétaires : il a non seulement le droit mais l’obligation légale d’engager les démarches de recouvrement. S’il tarde à agir et laisse s’accumuler des impayés au point que la prescription finit par éteindre la créance, il engage sa responsabilité civile professionnelle. L’assemblée générale peut voter la mise en cause du syndic et réclamer réparation du préjudice subi par la copropriété.
En pratique, le syndic doit informer régulièrement l’assemblée générale de l’état des impayés. Un rapport annuel sur les procédures en cours est recommandé et parfois imposé par le règlement de copropriété. Les copropriétaires ont le droit d’interroger le syndic sur les actions engagées et d’exiger que des mesures soient prises dans des délais raisonnables.
Dans les copropriétés où le turn-over du syndic est fréquent, j’observe que les dossiers d’impayés sont parfois mal transmis lors du changement de prestataire. C’est un risque réel pour la continuité du recouvrement. Si votre copropriété envisage un changement de syndic, consultez le guide complet pour changer de syndic afin d’anticiper la transmission des dossiers sensibles, dont les impayés en cours.
Questions fréquentes
Quel est le délai de prescription pour le recouvrement des charges de copropriété impayées ?
Le délai de prescription est de 5 ans à compter de la date d’exigibilité de chaque appel de charges. Ce délai s’applique à toutes les charges de copropriété depuis la loi ELAN entrée en vigueur le 1er janvier 2019. Passé ce délai sans acte interruptif, la créance est éteinte et le syndicat ne peut plus en exiger le paiement.
Puis-je invoquer la prescription pour ne pas payer ma dette ?
Oui, un copropriétaire peut invoquer la prescription extinctive si aucun acte interruptif n’a été accompli dans les cinq ans suivant l’exigibilité des charges. La prescription doit être soulevée expressément devant le juge ; elle ne joue pas automatiquement. Si la mise en demeure, une reconnaissance de dette ou une action judiciaire ont interrompu le délai, la prescription repart à zéro depuis cet acte.
Quel est le délai de prescription des charges de copropriété selon la loi ELAN ?
La loi ELAN du 23 novembre 2018 a unifié le délai de prescription applicable aux charges de copropriété à 5 ans, en alignant le droit de la copropriété sur le droit commun des obligations prévu par l’article 2224 du Code civil. Avant cette réforme, des délais différents pouvaient s’appliquer selon la nature des charges, ce qui générait des contentieux complexes.
Que faire si un copropriétaire ne paie pas les charges de copropriété ?
La procédure suit trois étapes successives. D’abord, une relance amiable par courrier simple ou courriel. Ensuite, en l’absence de réponse, une mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception, qui interrompt la prescription. Enfin, si le copropriétaire reste défaillant, le syndic peut saisir le tribunal judiciaire via une injonction de payer ou une assignation, puis faire procéder à des mesures d’exécution forcée (saisie bancaire, saisie des loyers, voire saisie immobilière) une fois le jugement obtenu.
Nadia Chevalier : Charges qui grimpent, assemblées qui dérapent, syndic injoignable : la copropriété au quotidien, vue du côté de celui qui reçoit l'appel de fonds. En savoir plus.



